Immigration subsaharienne: le Maroc a besoin d'une politique globale
Le durcissement des politiques migratoires européennes et le contrôle renforcé des frontières ne constituent pas la seule raison qui a transformé le Maroc d’un pays de transit en une destination permanente des immigrés irréguliers, pour la plupart des Subsahariens. En effet, le Royaume a connu une série de changements au niveau économique qui se sont traduits par «l’existence d’une demande de travail qui n’est pas toujours satisfaite par les nationaux», a estimé Mike Collyer de l’Université de Sussex au Royaume Uni. En effet, «certains secteurs ont de plus en plus recours à la main d’œuvre irrégulière, et les employeurs savent où recruter ces immigrés irréguliers», a fait savoir Abdelhamid El Jamri, président du Comité des Nations unies pour la protection des droits de tous les travailleurs migrants. Le Maroc se retrouve face à de nombreux défis à cause de l’amplification du phénomène. En effet, «ni l’Etat, ni la société ne sont préparés à cette nouvelle situation», s’accordent à dire les différents intervenants au séminaire organisé par le CCME.
Aujourd’hui, «Rabat doit disposer d’une politique d’immigration globale, prenant en compte ses besoins économiques», a estimé El Jamri. Mais au-delà d’une réponse à des besoins économiques, le traitement de la question des immigrés irréguliers doit se baser sur une approche de protection. Car, «l’entrée dans un pays, en enfreignant ses lois, ne doit pas priver du droit d’accès aux services élémentaires», a souligné Habib Belkouch, directeur du Centre des droits des migrants, et l’une des grandes figures du PAM. En effet, «le refus de certains pays de leur accorder l’accès aux services de base peut se retourner contre eux, dans la mesure où la privation du droit à la santé, par exemple, peut se traduire par des menaces sanitaires pour toute la société», note El Jamri. Globalement, «les autorités marocaines sont appelées à veiller à ce que ces immigrés soient bien intégrés et à respecter leurs engagements en matière de droits humains, tout en traitant les aspects sécuritaires résultant des arrivées massives des migrants irréguliers», peut-on lire dans l’étude. Les concepteurs de cette étude recommandent notamment d’agir sur le cadre normatif relatif à cette question. Celui-ci est à chercher dans les instruments internationaux auxquels le Maroc a adhéré, notamment les conventions des Nations unies sur les droits de l’Homme, ou celles de l’OIT relatives aux droits des travailleurs. D’ailleurs, «la nouvelle Constitution a instauré la primauté des conventions internationales sur la législation locale, tout en consacrant certains droits en faveur des étrangers», a rappelé Belkouch. Aujourd’hui, la loi 02-03 constitue le principal texte qui régit la migration au Maroc. Elle «fait référence à l’importance des engagements internationaux du Maroc», note le rapport. Ce qui signifie implicitement que l’Etat s’engage à respecter les droits de cette catégorie de migrants. Or, «le contenu de ce texte est principalement axé sur la sécurité, à travers des mesures de détention, d’expulsion et de criminalisation», poursuit le rapport.
Source: L'Economiste
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